ALTERNATIVES SANS EURO, SANS BANQUES ET SANS ETAT A BARCELONE

Si effectivement il y a effondrement imminent du système, alors il faut des idées, des solutions, des alternatives, et du concret! Le problème, c’est que nombre de personnes n’osent pas « sauter le pas » et concrétiser leurs envies, surtout s’il n’y a pas d’exemple ayant fonctionné sur lequel s’appuyer. C’est là qu’intervient le CIC, un acronyme qui n’est non pas une banque pour le coup, mais bel et bien un système alternatif luttant contre les banques, toutes les banques, mas également contre l’Etat lui-même.

Il y a néanmoins un petit souci qui risque d’en refroidir beaucoup, le manque de légalité derrière tout cela, et les 2 mois de prison pour Enric Duran qui a emprunté 492 000 euros auprès de 39 banques sans jamais avoir remboursé pour pouvoir aller toujours plus loin dans le militantisme, et pour finir par créer la Coopérative Intégrale Catalane. À lire et à méditer tout de même…(Benji)

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La Coopérative intégrale Catalane (CIC), initiée par le Robin des bois des banques, Enric Duran, recherché par la justice espagnole et aujourd’hui en exil, se trouve à un tournant. Forte de son succès, sa taille pose des questions d’organisation et de décentralisation. Un défi pour cette aventure extraordinaire.


Rappel de l’épisode précédent : Frauder le fisc pour faire la révolution, voilà une drôle d’idée ! Pourtant, c’est ce qu’a choisi de faire la Coopérative intégrale Catalane (CIC). Grâce au demi million d’euros détourné des caisses de l’Etat l’année dernière, ce mastodonte de l’alternative, fort de plus de deux mille membres, a soutenu des dizaines de projets dans des domaines aussi divers que l’éducation, la santé, le transport, la monnaie, le logement ou l’énergie. Leur but : créer des « services publics coopératifs » contrôlés par leurs usagers afin de se passer progressivement de l’euro, de l’Etat et des banques. Pour se financer, la coopérative s’appuie sur 700 auto-entrepreneurs (appelés socios auto-ocupados) qui rendent possible cette fraude fiscale à finalité sociale.


– Barcelone, reportage

Mais n’allez surtout pas dire à Gorka qu’il est membre d’une coopérative néolibérale. Il vous répondra, avec un phrasé aussi précis que le coup de scalpel d’un chirurgien, que « l’excédent issu de notre travail, plutôt que de le donner à l’Etat, nous l’utilisons pour l’autogestion des ressources du réseau qu’on est en train de construire ». Ce basque aux allures de paysan-comptable, béret sur le crâne, fines lunettes sur le nez, chaussures de randonnée aux pieds, ne laisse échapper aucun sourire ni mot superflu. Il fait partie des 70 personnes qui reçoivent une assignation (sorte de salaire militant versé par la CIC) et partage son temps entre la commission Coordination de la coopérative et une communauté au sud de Barcelone qui tend vers l’autonomie.

Restaurateurs, maraîchers, bûcherons, thérapeutes… parmi la dizaine d’auto-entrepreneurs que j’ai pu rencontrer, tous m’ont assuré qu’ils n’auraient pas pu créer leur activité sans l’aide de la CIC. « Je ne survivrais pas si je devais payer mes charges à l’Etat », résume un éditeur venu déposer des documents comptables au service Gestion économique, installé dans un immeuble squatté, à un jet de tapas de la Sagrada Familia.

Carme et Oscar, créateurs du centre de relaxation Espai de l’harmonia, près de Banyoles, partagent ce point de vue. En plus d’utiliser le statut de « socios auto-ocupados », ils ont bénéficié de l’appui de la commission Habitat de la CICqui s’est portée garante auprès du propriétaire. Ils ont ainsi pu louer un local, ce qu’ils n’auraient pas pu faire sans cette aide à cause de leurs faibles revenus.

« On ne vole pas l’Etat, c’est l’Etat qui nous vole ! »

Marc, impliqué dans une coopérative de gestion forestière dans le nord de la Catalogne fait également partie des 700 socios auto-ocupados qui utilisent la CIC comme parapluie juridique. Et le fait de ne pas participer à la « solidarité nationale » ne semble pas l’empêcher de dormir. Au contraire, il dénonce l’absence de contrôle des usagers sur les services publics. « On ne vole pas l’Etat, c’est l’Etat qui nous vole ! Si on paie des impôts, on veut que ça ait un retour sur nos vies. Par exemple, les systèmes de santé et d’éducation ne vont pas dans le sens que j’entends et je n’ai pas mon mot à dire », justifie-t-il en réajustant sa queue de cheval.

Mais désormais, en tant que membre de la CIC, il peut participer à toutes les assemblées et décider de l’allocation des budgets. Kel, qui participe à une coopérative de transformation de produits écologiques, explique que grâce au service de comptabilité mutualisée, il peut se concentrer sur son activité et ne pas perdre son temps « avec la bureaucratie étatique ».

Mais les « services publics coopératifs » que la CIC veut mettre en place sont loin d’être fonctionnels, notamment en ce qui concerne la santé et l’éducation. En outre, en utilisant la CIC comme couverture juridique, les socios auto-ocupados n’ont pas de contrat de travail et ne cotisent donc pas pour leur retraite. L’un d’eux m’a confié avoir souscrit à une assurance privée pour pallier ce problème.

Une option que Jesus, à la CIC depuis deux ans, écarte catégoriquement : « Je ne crois pas plus en l’Etat qu’au marché pour préparer mes vieux jours. Le fait de pouvoir avoir de quoi vivre une fois vieux ne devrait pas dépendre de combien tu as gagné dans ta vie. Par contre, je crois en la solidarité du réseau que l’on est en train de bâtir. »

Vu de France, cette logique anti-étatique surprend quand elle ne choque pas. Mais il faut avoir en tête que les Catalans ont un rapport à l’Etat différent du nôtre. « Pour nous, l’Etat, ce n’est pas comme en France synonyme de retraite et de sécurité sociale. Ça nous évoque plutôt Franco, la dictature et la corruption », m’explique une jeune femme impliquée dans le groupe de Santé holistique autogéré. Beaucoup mentionnent également le passé indépendantiste et anarchiste catalan et notamment la guerre civile de 1936 pour justifier leur défiance atavique envers l’autorité centrale.

L’omniprésent Robin des banques

Mais cet héritage historique ne suffit pas à expliquer l’émergence de cet Ovni politique. Pour comprendre les origines de la CIC, il faut remonter la décennie précédente, celle qui a servi de terrain de jeu aux premières expérimentations politiques d’Enric Duran. Entre 2006 et 2008, cet activiste catalan a emprunté 492 000 euros auprès de 39 banques différentes. L’argent, qu’il n’a jamais remboursé, a servi à financer des mouvements sociaux et notamment le collectif Crisis qui a distribué deux journaux à grand tirage qui ont permis de dénoncer le rôle des banques dans la crise et d’expliquer le concept de coopérative intégrale.

En 2009, un an avant la création de la CIC, Enric Duran, surnommé le Robin des banques par les médias, est emprisonné pendant deux mois avant d’être libéré sous caution. Le retentissement de son action a grandement aidé dans le développement de la CIC, le bébé qu’il a mûri pendant ces quinze ans de militantisme altermondialiste. Beaucoup des membres viennent du réseau qu’il a construit et, de l’avis général, quand Enric donne son avis, c’est souvent celui-ci qui l’emporte. Bien qu’il s’en défende, il est le chef d’orchestre de cet opéra libertaire.

Article en intégralité sur Reporterre, trouvé sur Humanosphère

 

Trouvé sur les moutons enragés

Voilà la belle histoire du voleur volé. Et si nous devenions des Robin des bois des banques et que nous mettions notre énergie à créer du nouveau, à nous débrouiller nous mêmes et devenions enfin libres…

mandalalaluna450 (1)  Etincelle

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