ET SI ON AMENAGEAIT DES FERMES DANS NOS VILLES ?

Du basilique pousse dans The Plant, une ferme urbaine à Chicago (Plant Chicago, NFP/Rachel Swenie)

Au sud du quartier berlinois de Tempelhof, à Berlin, entre un magasin Ikea et une voie rapide, se trouve la Malzfabrik. Cet imposant complexe de briques rouges, construit en 1914, a longtemps abrité une malterie. Aujourd’hui, start-up et entreprises de design ont remplacé la production industrielle. Et d’ici la fin de l’année, on y cultivera même courgettes, tomates et salades.

Une ferme de 1 800 m2 en pleine zone industrielle berlinoise, c’est le projet de l’entreprise ECF fondée début 2012 par trois trentenaires, Christian Echternacht, Karoline vom Böckel et Nicolas Leschke. Si l’endroit peut paraître incongru pour une grosse production agricole, Christian n’en voit pas de meilleur :

« Nous serons au plus près des consommateurs. Nous pourrons ainsi leur offrir des produits très frais, tout en économisant de longs transports. »

La plupart des aliments que nous consommons font bien souvent d’importants trajets avant d’atterrir dans nos assiettes, le tout dans des systèmes de réfrigération. Rien de bien écologique.

Christian Echternacht et ses acolytes veulent changer cela. Et ils ne sont pas inquiets quant à l’écoulement de leur marchandise. Le jeune entrepreneur assure :

« L’agriculture urbaine est une vraie tendance. Les gens veulent du frais, de la qualité, et donc des aliments produits localement. »

Selon l’institut de sondage Yougov, plus de 70% des Allemands achètent des produits régionaux régulièrement. « Les gens veulent comprendre d’où viennent leurs aliments », explique Suzanne Thomaier, chercheuse à l’université technique de Berlin. « Cela est en partie dû aux derniers scandales alimentaires. »

Les fermes urbaines, un bon complément

Œufs à la dioxine, viande de cheval dans des lasagnes… Les exemples ne manquent pas. Et dans la capitale allemande, nombreux sont ceux qui se sont déjà mis à cultiver leurs propres fruits et légumes. Les jardins communautaires ne cessent de se développer, comme le Prinzessinnengarten en plein cœur du quartier de Kreuzberg.

Toutefois, la ferme d’ECF sera la première à faire de l’agriculture urbaine à échelle commerciale dans Berlin. Pour Christian Echternacht, cultiver dans la cité est une nécessité :

« Selon les Nations unies, 9 milliards de personnes vivront sur la planète en 2050, dont 70% dans les villes. Cela signifie une très grande demande en nourriture, qui devra nécessairement être transportée de la campagne vers les villes. Cela coûte cher et est mauvais pour l’environnement. »

Evidemment, de telles exploitations ne pourront pas subvenir aux besoins de tous les citadins – les céréales, par exemple, demandent trop d’espace. Mais les fermes urbaines peuvent représenter un bon complément. Elles se sont d’ailleurs déjà largement développées outre-Atlantique : à Montréal par exemple, les deux serres des fermes Lufa, installées sur des toits, produisent environ deux tonnes de légumes par jour.

L’aquaponie, des poissons et pas de terre

Mais la ferme de l’ECF dispose d’un autre avantage de taille. Elle utilise une technique très économe en eau et en énergie : l’aquaponie.

A CHICAGO : THE PLANT

Une brasserie, un élevage de poissons, une ferme de fruits et légumes… Le tout fonctionnant en circuit fermé, avec une énergie produite par les déchets. C’est le projet de The Plant, installé dans une ancienne usine d’empaquetage de viande.

Ses initiateurs veulent prouver la viabilité de modèles de cultures durables, mais aussi aider de jeunes entrepreneurs à se lancer dans cette voie : The Plant sert en effet d’incubateur pour entreprises alimentaires durables et propose différentes formations.

Le principe ? Cultiver les végétaux en symbiose avec l’élevage de poissons. Avec ce système, les plantes poussent directement dans l’eau, sans terre. Et l’eau utilisée vient des bacs à poissons ; les déjections des animaux apportant de précieux nutriments pour les végétaux.

Par rapport à une culture et à un élevage piscicole traditionnels séparés, cette technique permet d’économiser 90% d’eau. Christian Echternacht ajoute :

« Elle fournit un engrais naturel aux plantes. Nous utilisons aussi de l’engrais biologique, mais moitié moins. »

Cependant, une telle culture ne peut obtenir un label biologique, qui n’est attribué qu’aux cultures en terre. Christian Echternacht assure :

« Ces labels assurent aux gens que leurs aliments sont produits dans de bonnes conditions. Dans notre cas, les consommateurs pourront nous rendre visite. Un label est donc superflu. »

L’aquaponie n’est pas une technique nouvelle. Elle est déjà beaucoup utilisée aux Etats-Unis et au Canada.

Dès 2012, une « ferme container »

A BÂLE : URBAN FARMERS
Les jeunes fermiers urbains Roman Gaus et Andreas Graber ont inauguré en 2012 la première ferme aquaponique sur les toits d’Europe. Située au sommet d’un ancien dépôt de locomotives, elle s’étend sur 1 000 m2 et produit jusqu’à 20 tonnes de légumes et 3 400 kilos de poissons par an. L’objectif des entrepreneurs : commercialiser leur concept et transformer des friches urbaines inutilisées en surfaces agricoles.

D’ailleurs, Christian Echternacht et ses associés n’en sont pas à leur coup d’essai : ils ont découvert l’aquaponie avec le projet des Suisses d’UrbanFarmers et ont ensuite développé leur propre système en coopération avec l’Institut Leibniz, spécialisé dans la recherche sur l’écologie aquatique et la pêche.

Dès 2012, ECF a donc créé une « ferme container », en quelque sorte le petit frère de la ferme actuellement en construction.

Si ce container leur a servi de laboratoire pour perfectionner leur technique, les entrepreneurs ne peuvent cependant pas le commercialiser :

« Il coûte 30 000 euros, plus les coûts d’entretien. Etant donné ce qu’il produit, il n’est pas assez rentable économiquement. Cette technique ne peut être rentable que sur une grande surface. »

Des serres sur les toits des supermarchés

La grande ferme coûtera 1,2 million d’euros. Les légumes pousseront dans une grande serre, juste à côté des bacs à poissons. « Nous la chaufferons peu, pas plus de 5°C en hiver, et nous n’utiliserons pas de lumière artificielle », ajoute Christian Echternacht.

Chaque année, 25 tonnes de poissons et 35 tonnes de légumes sortiront de la Malzfabrik pour être vendus aux Berlinois. Une fois que le concept aura prouvé sa viabilité, les jeunes associés comptent bien le commercialiser :

« Nous avons déjà eu des demandes d’entrepreneurs pour développer une ferme similaire, mais nous attendons d’avoir un peu d’expérience avec la nôtre. »

Toutefois, l’agriculture urbaine à grande échelle ne risque-t-elle pas de se heurter à la dure réalité de la pression foncière ? A Berlin, seuls 2% des logements sont vacants. Les surfaces libres ne devraient-elles donc pas servir à construire des appartements ? Suzanne Thomaier a une réponse à ce dilemme : installer des serres sur les toits des immeubles. Selon elle, si l’agriculture urbaine commerciale a une chance de se développer à Berlin, c’est sur les toits des supermarchés :

« La serre serait chauffée par la chaleur produite par les nombreux réfrigérateurs du supermarché. Les produits pourraient être vendus directement dans le magasin. De plus, une serre sur le toit a un effet isolant, et permet donc d’économiser de l’énergie. »

 

Source : Socialter.fr

 

mandalalaluna450 (1)Etincelle

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